Quand on cherche un podcast à écouter entre deux trajets ou une liste de films à regarder le soir, on tombe parfois sur des recommandations qui datent de trois ou quatre ans. Quoi de Meuf, le podcast féministe de Nouvelles Écoutes animé par la journaliste Clémentine Gallot, fait partie de ces projets qui ont marqué la conversation autour de la pop culture et du féminisme.
Lancé en octobre 2017, Quoi de Meuf a aussi donné naissance à un livre collectif publié chez Marabout en novembre 2021. Ces contenus restent-ils des ressources utiles pour le quotidien des femmes, ou fonctionnent-ils davantage comme des archives culturelles ?
Podcast Quoi de Meuf : ce qu’on y trouve concrètement
Le podcast fonctionne en deux formats distincts. Le format dit « originel » aborde des sujets de société liés au féminisme : ménopause, écoféminisme, féminicides, évolution des représentations. L’autre, baptisé « Quoi de Meuf de poche », passe au crible des sorties culturelles (séries, films, livres) avec une grille de lecture intersectionnelle.
Les épisodes durent généralement entre trente minutes et une heure. C’est un format long, qui laisse le temps de développer un argument, mais qui demande aussi un vrai créneau d’écoute. On est loin du format court de cinq minutes qu’on consomme en faisant la vaisselle.
Pour celles qui veulent un premier aperçu de l’univers du podcast, By Julie sur Quoi de Meuf propose une analyse de ce que le projet apporte comme inspiration au féminin.
Le podcast a aussi introduit un format estival, « Quoi de Meuf Summer Camp », plus court et centré sur des thématiques spécifiques. Cette diversité de formats permet de varier les points d’entrée, mais elle complique aussi la navigation dans le catalogue pour une nouvelle auditrice.

Livre Quoi de Meuf : 100 oeuvres féministes et leur durée de vie
Le livre 100 oeuvres culte à connaître quand on est féministe a été co-écrit par cinq autrices : Clémentine Gallot, Emeline Amétis, Kaoutar Harchi, Anne-Laure Pineau et Pauline Verduzier, avec les illustrations de Youliedessine. Publié le 24 novembre 2021 chez Marabout, il compile des recommandations d’art, de films, de livres et de séries perçus à travers un prisme féministe.
Chaque oeuvre bénéficie d’une présentation courte, illustrée, qui fonctionne aussi bien en lecture continue qu’en picorage. Le livre prolonge le podcast plutôt qu’il ne le résume en catalogue.
Des références qui parlent encore aux femmes en 2026 ?
Le problème avec un recueil figé, c’est que la pop culture avance vite. Des séries citées dans le livre ont depuis été annulées, des débats ont évolué, de nouvelles voix féministes ont émergé. Le livre reste un bon point d’entrée pour découvrir des classiques, mais il ne peut pas remplacer une veille active.
On trouve dans ces pages des oeuvres comme le film « Us » de Jordan Peele ou des références littéraires qui gardent leur pertinence. En revanche, certains choix éditoriaux reflètent des conversations très ancrées dans la période 2017-2021, et les femmes qui découvrent le féminisme aujourd’hui n’y retrouveront pas forcément les débats actuels sur l’intelligence artificielle et les biais de genre, ou sur les nouvelles formes de militantisme en ligne.
Approche intersectionnelle et pop culture féministe : un modèle qui a fait école
Ce qui distingue Quoi de Meuf de beaucoup d’autres podcasts féministes, c’est l’analyse intersectionnelle appliquée à la culture populaire. On ne parle pas seulement de féminisme blanc et bourgeois : les questions de race, de classe et de genre se croisent dans chaque épisode.
Cette approche a inspiré d’autres créatrices de contenu. Plusieurs podcasts francophones lancés après 2020 reprennent ce croisement entre pop culture et grille de lecture militante. Quoi de Meuf a ouvert la voie à ce croisement dans le podcast francophone.
- Analyse féministe de séries et films grand public, pas uniquement de productions militantes ou indépendantes
- Croisement systématique des questions de genre avec les enjeux de race et de classe sociale
- Voix multiples grâce au collectif d’autrices et de chroniqueuses, ce qui évite le ton monolithique d’un podcast solo
- Format long qui permet de dépasser les raccourcis et les polémiques de surface
Cette richesse a un revers : le ton peut sembler académique pour une auditrice qui cherche simplement des recommandations rapides. Quoi de Meuf s’adresse à un public qui veut comprendre pourquoi une oeuvre compte, pas juste savoir si elle vaut le détour.

Quoi de Meuf comme archive ou comme outil : ce que les femmes peuvent encore en tirer
Un podcast qui a dépassé la centaine d’épisodes constitue une base documentaire considérable. Pour une étudiante en études de genre, pour une journaliste culturelle ou pour une femme qui s’intéresse au féminisme et veut rattraper des années de conversations, ce catalogue a une vraie valeur.
La limite tient à l’actualisation. Les épisodes sur des sorties culturelles de 2018 ou 2019 gardent leur valeur analytique, mais leurs recommandations pratiques (où regarder tel film, où trouver tel livre) peuvent être obsolètes. Les plateformes de streaming retirent des contenus, les éditions s’épuisent.
Comment tirer le meilleur de ces contenus féministes
On peut utiliser Quoi de Meuf de deux façons complémentaires :
- Comme grille de lecture féministe réutilisable : les méthodes d’analyse proposées dans le podcast s’appliquent à n’importe quelle sortie culturelle récente, même si l’oeuvre analysée dans l’épisode date
- Comme point de départ pour construire sa propre liste de lectures et de visionnages, en croisant les recommandations du livre avec les catalogues actuels des plateformes
- Comme ressource pédagogique pour animer un club de lecture féministe ou un groupe de discussion, en s’appuyant sur les fiches illustrées du recueil
Le livre de Youliedessine et des cinq autrices fonctionne particulièrement bien dans ce dernier usage. Les illustrations rendent chaque oeuvre mémorable et facilitent le partage.
Quoi de Meuf n’a pas vocation à remplacer une veille culturelle féministe à jour. Son utilité réside dans la méthode qu’il transmet : regarder la pop culture avec des lunettes intersectionnelles, puis appliquer cette habitude aux contenus d’aujourd’hui. C’est moins un guide de recommandations qu’un outil d’apprentissage du regard critique, et c’est probablement ce qui lui donne une durée de vie plus longue que ses références.



